Photo : mer de dunes dans le Grand Erg occidental (environs de Timinoun)
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Dans le Grand Sud algérien, il est des lieux bénis. Au coeur du plus torride des déserts,
le groupe du "Grand Acte" a rencontré, entre Adrar et Timimoun, de tels lieux.
Recréation, par la narration, de cette rencontre qui, pour ce groupe, a été un temps retrouvé.
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Lundi 20 mars.
La descente sur l'aéroport d'Adrar est amorcée. Déja, à l'atterrissage, commencent les sensations du Grand Sud.Tant pis pour le reste du monde et son stress quotidien, laissés loin derrière nous, dans le nord du pays. Pour une fois, ils resteront aux vestiaires.
Après de brèves formalités d'usage, bien moins contraignantes qu'à l'aéroport d'Alger- Dar El-Beida, nous prenons place dans des 4x4 aménagés pour les expéditions. Au sein du groupe, en dépit de la fatigue, l'ambiance est plutot bon enfant. Un peu de convivialité méditerranéenne, il est vrai, vient à la rencontre de la légendaire hospitalité du Sud algérien. Sur la route s'égrène un chapelet d'oasis. Vraisemblablement autour de ces fameuses "foggaras" (puits). Peu avant d'accéder au centre-ville, nous bifurquons vers El Mansouriah, qui servira de lieu d'hébergement durant notre séjour à Adrar.
LE DESERT : UN ETAT D'AME, UN REFUGE DE L'AME
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Dans ce lieu dit au nom évocateur, campe solidement le centre d'accueil que possède notre hote, Mohamed Achour Kerrazi. Nous sommes dans la proche banlieue d'Adrar.Et,
pourtant, on a le sentiment de naviguer, sans contredit, au coeur du plus torride des déserts. Le centre d'accueil est une structure construite en dur. Pas tout à fait une auberge de jeunesse, pas très exactement un centre touristique. Juste un havre de verdure et de repos sur un sol aride, une sorte de sanctuaire qu'avoisinent de discrètes habitations.
Passé le grand portail d'entrée, le décor change. Il est plutot avenant. A droite, un vaste champ de blé vert, quelques arbres fruitiers. A gauche, un patio. Avec, au centre, un puits et un carré de sable. En l'occurrence pour les méchouis et feux de bois. Tout autour, quelque huit chambres de différentes dimensions -comprenant de trois à six
matelas chacune-, le tout agencé dans un style architectural de type caravansérail. Et, suprème confort, une piscine aux dimensions certes modestes. Mais qui, dès l'arrivée
du groupe, n'a pas manqué de faire d'heureux baigneurs. Pas de télévision ici, pas mème une radio, et c'est tant mieux !
Dépaysement garanti ! Le silence, peut-ètre, deviendra-t-il "assourdissant" ? Quant à l'espace, il ne dévoile rien. Ou plutot si: le grand vide ! là, on se découvre autrement.
Le vide est sensation. Après tout, le désert saharien n'est-il pas, comme le consacre l'expression, "un état d'àme, un refuge de l'àme" ?
Après le thé traditionnel, servi comme de bien entendu en guise de bienvenue, un excellent "tàam"(couscous) façon locale aura vite fait de renflouer nos ventres "naufragés". Enfin, tout rentrera dans l'ordre à l'heure de la sieste. Réparatrice, il est vrai, pour nombre d'entre nous. Seulement voilà, notre compère Daoudi, lui, ne peut dormir. Il compte à présent les heures qui le séparent de celle, éblouissante, de l'apéritif du soir.
La ville d'Adrar valait tout de mème quelque "descente". Vieux souk donc, menues emplettes, errances sur la Grande Place, bar de l'hotel Touat, etc. Bref, tout ce qu'une fin d'après-midi permet de voir, d'apprécier. La soirée, quant à elle, est comme attendue par Daoudi : tout simplement éblouissante. Imaginez que, dans le patio du centre d'accueil, juste un peu au-dessus de nous, des étoiles nagent. Inlassablement.
dans l'aquarium nocturne du ciel. Entretemps, nous autres, ici-bas, déclamons des poèmes du "Grand Acte". Le lendemain matin, le groupe entreprendra la visite de villages, ksoùr et sites environnants: Bouda, Tamentit, etc;
Mardi 21 mars.
Temps matinal propice aux randonnées. Dans un poudroiement d'or, le cortège de 4x4
s'ébranle. Direction le village de Bouda, distant d'une quinzaine de kilomètres. Le flamboiement du soleil, déja très haut sur l'horizon, semble baigner le ciel et le désert.
Nous laissons derrière nous les palmeraies qui donnent l'impression de s'effilocher,
comme rongées par le sable, au fur et à mesure que l'on s'éloigne d'El Mansuriah.
LE TOUAT : UN REGARD VERS L'AVENIR QUI NE S'INSCRIT PAS EN RUPTURE AVEC LE PASSE
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Après la visite de la source d'eau bénite - source qu'abrite un des tout premiers hameaux de Bouda - et les rituelles ablutions qu'elle a occasionnées, nous poursuivons notre tonitruante randonnée : secousses, plus de peur que de mal, blagues, éclats de rire, chansons, sont, en effet, de mise sur la tole ondulée.
Soudain la caravane s'arrète. En bordure de la route, le sol, convulsé. Il semble avoir été étrangement criblé. Pluie de météorites ? Peu vraisemblable. Dun geste très large, Mohamed Achour, auquel le role de guide sied si bien, désigne la croùte irisée par la fournaise :"Ce n'est pas ici qu'on trouvera quelque trésor caché", décochera-t-il avec à-propos.
Dans ce monde minéral et torturé, longtemps réfractaire à toute pénétration humaine, quelques bouquets de palmiers tentent vainement d'égayer le paysage. Nul bruit dans cette contrée isolée où rien ne décèle la vie. Il se dégage de ces lieux une impression de désolation, de dénuement. En revanche, c'est une toute autre facette du désert qui, un peu plus loin, attend le groupe : on roule à présent sur un tapis neigeux où s'amoncellrnt des flocons de cristaux de sel, en une surface d'une tonalité blanchàtre : refles violets, verts, jaunes, gris, selon les positions du soleil...Avec les dunes, la terre ferme (re)fait son apparirion.
Passé ce territoire insolite, une autre découverte, aussi inattendue que les précédentes, surprendra une fois de plus : une qoubba de forme conique, comme jaillie du sable ocre, rouge et jaune, exhibe sa blancheur immaculée. Mausolée du cheikh fondateur, aieul éponyme, ami de Dieu, Maitre du sens ? On y entre un peu hésitant, comme dans la "matrice universelle, dans la courbe fermée du ciel et de la terre. Au sol git, sous mille linceuls qui le dérobent, celui qui dit et fit que la communauté soit en dehors du meurtre politique. Il dit au centre de la matrice, dans l'axe cosmique, ce qui devra ètre fait pour que la cité soit de Dieu".
Après avoir roulé toute la matinée, après avoir tourné sept foie à l'intérieur de la qoubba
et formulé un voeu, c'est alors un réel plaisir d'escalader la dune toute proche. Avec,
toutefois, le léger regret d'inscrire ses empreintes dans ce sable tiède, qui semble
inviolé depuis le commencement du monde. On sait bien, pourtant, qu'il suffit de quelques heures, voire quelques minutes de vent, pour qu'il retrouve son apparente virginité.
Aux alentours immédiats, comme pour confirmer que c'est là, à coté - ou autour - du
mausolée blanc que "s'érige la cité des vivants, que se donne à lire l'historicité hors du temps mesuré, que s'inscrit à la surface du monde la trace, la cicatrice qui sépare le vivant de l'inerte, l'eau de l'argile", c'est là, donc, que coule l'écrin vert de la palmeraie, à laquelle acacias, bananiers et saules-pleureurs confèrent une impression de luxuriance. L'enchantement, quoi. Dù non seulement à la fraicheur qui se dégage de ces jardins ombragés, mais aussi à la débauche de couleurs où tamaris et genets exhalent leur parfum énivrant. Autour de ces points d'eau, véritables salons mondains du désert, les yeux s'attardent sur de ravissants visages de fillettes dont les gestes - telles des complaintes nostalgiques - et le regard chaud émeuvent les àmes.
Moment d'intence satisfaction : le repas offert, dans la salle des convives, par Ammi Hamou. Les membres du groupe y sont d'autant plus sensibles que la "chakhchoukha", préparée selon une coutume adrarie, est succulente. S'ensuivent les trois tasses traditionnelles de thé à la menthe, très chaud et parfumé. Le soir, au centre d'accueil, alors que le désert s'enveloppe dans le silence mystérieux et ouaté des dunes, nous poursuivone le rève ébauché, assis près d'un petit feu de branches, aspirant à petites gorgées un odorant thé à la menthe.
CE N'EST PAS BEAU, C'EST FORMIDABLE !
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Mercredi 22mars.
Nouveaux préparatifs, nouveau départ matinal. Mais cette fois, c'est pour la ville de Timimoun, distante de quelque 260 kilomètres. Là encore, il faut se rendre à l'évidence : Tout espace vide et immense ne s'appelle pas forcément désert. Le Grand Sud algérien est, de ce point de vue, imprévisible. A chaque avancée des véhicules,
nous découvrons un aspect inédit, une dimension nouvelle des lieux que nous traversons. Le cul-de-sac par exemple, où nous roulons depuis peu, abrutis de chaleur torride, parait nous absorber outrancièrement.
Prmière alerte au vent de sable, tout le monde remonte les vitres. Le convoi marque alors une petite halte. Dressé devant son 4x4 blanc, le buste arc-bouté pour s'opposer
au vent de sable, Mohamed Achour agite son écharpe saharienne comme un oriflamme, signe qu'on peut continuer notre route. Sa silhouette semble flotter sur la dune dont le sif s'écrète et fume en un crissement soyeux. Sur cette vaste étendue dénudée, sans trace de végétation, sans point d'eau sur au moins une centaine de kilomètres, les yeux s'emplissent malgré tout d'images féériques. Ce sentiment est d'ailleurs partagé par tout le groupe : ce n'est pas beau, c'est formidable !
Et c'est dans cet immense couloir au sol gravelé, monotone, coupé de massifs sablonneux, où les plus hauts sommets atteignent 300 mètres, que Sid-Ali le libraire, mon voisin de siège, cherche à définir la carte de la...planète ! Les jeux du soleil sur la dune, eux, sont autrement plus captivants. Ils font apparaitre parfois, en une étonnante symbiose, les images d'un passé millénaire dont l'histoire est opiniàtrement inscrite dans la roche fendue. Pour tout dire dans la roche crevée partout, dans tous les sens. Surgit à point nommé à l'horizon, comme apparu dans un rève éveillé, le village d'El M'tarfa...Grande diversion dans les véhicules: à mi-chemin de Timimoun, le groupe, jusque là comprimé sur les sièges, va enfin pouvoir se dégourdir les jambes. En marchant, bien évidemment.
LE VIEUX KSAR D'EL M'TARFA : EMPREINT D'UNE RELIGIEUSE TERREUR...
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Vu de la route, El M'tarfa parait désert, sous un soleil écrasant. Village typiquement désertique, il est vrai, de surcroit encerclé par des dunes de sable. Mais qui n'en continue pas moins de sauvegarder ses us et coutumes ancestraux. Au premier plan, le ksàr(forteresse). Ou, du moins, ce qu'il en reste. Visiblement, rien n'a du ètre plus capricieux que la vie de ces petits villages fortifiés, entretemps abandonnés pour les raisons les plus diverses : guerres, discordes intestines, progrès de la sécurité, déplacement d'une source, etc. D'ailleurs ce dernier phénomène, dans ces territoires torturés, peut se produire à la suite d'un tarissement, ou d'une secousse tellurique.
N'empèche qu'ici l'eau irrigue bel et bien les veines de la forteresse. Elle passe sous les remparts pour aller au jardin. Le monde interne des ksoùr en est le sein protecteur,
humide et tiède, austère et sombre par excès de lumière féminine dans l'espace domestique. Telle la fiancée des "cantiques des cantiques", toute sa beauté est à l'intérieur.
Le groupe s'arrète sur une vaste esplanade au-dessus de laquelle se dressent, étincelantes de lumière, les ruines du vieux ksàr. L'endroit, malgré quelques maisons avoisinantes, est pathétique. Il est empreint d'une religieuse terreur. Le vieux ksàr, en effet, n'a laissé que les traces, encore visibles, d'une enceinte carrée. Il est, dernier
baroud d'honneur, sur le sommet applati d'une éminence presque ronde. Les maisons, quant à elles, s'étalent, au coude à coude, sur un piédestal aplani.
Au moment où l'on s'y attend le moins, le dédale de ruelles infiniment étroites ouvre sur une placette où s'offre, à nos yeux, un spectacle saisissant : à présent nous dominons d'assez haut le merveilleux panache de verdure des palmiers que barrent,
à l'horizon, des mamelons de sable rongés par le soleil de midi. On s'arrète un instant,
hésitant, hébété comme dans certains rèves ...
Sans plus tarder, Mohamed Achour oriente le groupe vers les "seguias" (canaux d'irrigation) blotties à l'ombre de la palmeraie. Plus précisément là où l'aiguade sourd
dans les innombrables venelles. L'eau transparente s'y égaie en menus courants,
bruissant entre plantes sahariennes, quelques arbres fruitiers et de longs roseaux. Une ombre légère rafraichit le ravin solitaire où le soleil ne peut percer.
Parfois, un rayon perdu se glisse jusqu'au fond du bassin -aménagé en plan d'eau- qu'il jaspe de couleurs éblouissantes. Ce rai de lumière viole -c'est le cas se le dire-
les profondeurs qui s'irradient sous la caresse brutale de l'astre au zénith. Puis il se retire lentement, comme à regret, laissant l'ombre jouer en chatoyants reflets sur les palmes, sur l'ocre du sable. Cete halte apaisante permet au groupe de prende un contact bref, mais direct avec la population.
LES ROCHES BASALTIQUES : UNE VISION APOCALYPTIQUE DES FORGES DE VULCAIN
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Tandis que les palmiers d'El M'tarfa disparaissent derrière les premiers contreforts du Touat, des réflexions existentialistes se bousculent dans les tètes de Anissa, Maria et Saàdiya, nos trois voisines du siège arrière. Quant au désert, pour ne pas déroger à son statut, il étale, tel un rouleau compresseur, son inhumaine monotonie, son infinie solitude. Et c'est ce moment là que, sous l'éblouissante lumière saharienne, les roches basaltiques "choisissent" pour "flamber". Elles font surgir, sous notre regard dénudé, une vision apocalyptique des forges de Vulcain : amoncellement de roches chaotiques, soulevées, hachées, découpées en pointes d'une hardiesse invraisemblable. En contemplant, émerveillé et terrifié, cet amas fantastique, dantesque qui s'étale de part et d'autre de la route, on a la nette impression d'un monstrueux éboulement d'où surgissent des pierres dressées, index tendus vers le Créateur, comme autant de points d'exclamation, forteresses naturelles déjouant les lois de l'équilibre.
Le souffle puissant du "fech fech" (vent de sable) semblerait devoir tout balayer, tout niveler. Et, pourtant, ces pierres usées, polies par les vents de sable, restent figées en d'étranges postures, témoins muets d'un passé plusieurs fois millénaire. Sur ce décor wagnérien, le soleil explose en un prodigieux flamboiement de couleurs aux tons irréels. Tels d'antiques donjons, les roches burinées se découpent en ombres chinoises, sur un ciel devenu brusquement d'enfer.
Plus on s'enfonce dans ce monde tourmenté, où le règne minéral est sans partage, plus on a conscience de pénétrer dans le domaine absolu de la mort : aucune trace de vie animale ou végétale, aucun indice d'habitation. En guise de verdure...deux palmiers plutot chétifs. C'est tellement inattendu, dans ce paysage torturé, que la caravane ralentit pour les admirer. Ces arbres -dont on dit que ce sont les plus humains des arbres- ont quand mème l'air de bien résister. Cependant, à des kilomètres à la ronde, aucune trace d'humidité.
Peu avant d'arriver à Timimoun, autre changement de paysage. Le fond de décor vert sombre d'une palmeraie esseulée souligne enfin un horizon où les tons pastels virent lentement avant de basculer, d'un coup, en un jaillissement de métal. Quelques véhicules apparaissent un bref instant sur la route quelque peu gondolée par tronçons. Nous les croisons tels des mirages évoluant sur un nuage blanc.
L'endroit, en tout cas, parait tout indiqué pour une pause-repas. Ce sera chose faite dans ce havre de fraicheur et de repos où l'ombre est si douce, la halte si rafraichissante. Mais néanmoins sur un sol marqué par de notables remontées de sel.
TIMIMOUN ? CELA COMMENCE PAR DES COULEURS VIVES
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On arrive, en fin d'après-midi, aux portes de Timimoun par une route qui laisse voir des paysages d'une saisissante originalité. Après l'aridité du désert -du reste jamais démentie jusque là- après la "monotonie" de la mer de sable, entrecoupée quelquefois par des ilot de végétation et de rochers, cette ville, sans doute unique au monde, apparait comme un coin presque féerique de verdure et de fraicheur. Avec ses eaux, ses maréchages, ses arbres fruitiers, c'est à se demander si c'est vraiment une ville du Sud...
Timimoun ? Cela commence par des couleurs vives. Mème si, au moment où le soleil "tombe", celles-ci commencent à perdre leur éclat. On dit que "l'ocre des maisons rougeoie quand il pleut, et les soleils inventent des tons selon qu'ils alternent l'ardeur ou la douceur". Timimoun, c'est aussi, après le plateau du Tadmait, ces oasis rouges qui donnent au Gourara un aspect très particulier. L'argile, "pétri dans ce rouge qui nuance", préfigure en effet une architecture issue d'une combinaison savante : civilisation arabo-musulmane et traits de style néo-soudanais. Et ces tons d'une seule couleur, que l'on retrouve dans un ordonnancement harmonieux des jardins et de la palmeraie, évoquent sans doute, comme nulle part ailleurs, une sérénité voluptueuse.
Des rues labyrinthiques du vieux ksàr à la place du marché, en passant par le "somptueux" hotel Oasis rouge -baptisé ainsi par Son Altesse royale la duchesse du Luxembourg, en 1924, en marge de l'inauguration du "Circuit Grand Erg"-, entre la Grande place et la palmeraie foisonnante, il y a forcément de ces senteurs anciennes, quelque chose qui remonte du fond des àges et qui semble ètre suspendu dans ce dédale de longs boyaux, d'escaliers, de ruelles aussi étroites qu'un couloir de F3...
Et ces senteurs vont de la Porte du Soudan -édifiée curieusement par un capitaine de l'armée coloniale française- aux murs des vieilles maisons décorées par des relefs miniaturisés. Il n'est d'ailleurs pas étonnant que le célèbre architecte français françois Pouillon, qui construisit l'hotel Gourara où nous nous trouvons à présent, fut fasciné par ces repères architecturaux.
Pour en revenir à notre nuitée à Timimoun, elle est comme les précédentes : "longue à devenir demain", comme dirait Jacques Brel. Elle s'écoule lentement dans l'ambiance survoltée -de surcroit épicée de volupté- du fameux restaurant Ighzer.
Dans le refuge qui jouxte l'hotel Gourara, nous sommes conscients d'une chose : il sera difficile, avant longtemps, de revivre une soirée pareille. Peut-ètre le fennec, qui se trouve dans le jardin tout proche, pourrait-il en témoigner ? il y a comme ça, de ces images qui restent, indélébiles, comme autant de souvenirs inoubliables. Celles de notre virée à Adrar, agrémentée d'une sensationnelle randonnée à Timimoun, resteront longtemps gravées dans nos mémoires. En tout cas aussi longtemps que durera, opiniàtre, cet esprit du Grand Sud qui est déja en nous. Qui nous habite désormais.
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K.Bouslama -Tassili Magazine n° 22- Juin 2003