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algerie360
Description du blog :
Série de portraits d'artistes, de reportages et d'articles sur des villes et régions d'Algérie
Catégorie :
Blog Voyage
Date de création :
01.04.2008
Dernière mise à jour :
25.04.2008
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Présentation/ Algérie, une promesse d'étonnement

Posté le 03.04.2008 par algerie360
A travers une série d'articles, de reportages et de portraits divers présentés dans un ordre alphabétique, ce blog s'efforce de porter un certain regard, celui du journaliste culturel, sur la diversité géographique, ethnique et culturelle- source de richesse- de l'algérie d'aujourd'hui .Si, un jour, vous décidez de nous rendre visite, il vous sera peut-ètre utile avant et pendant votre séjour.
Ou, pourquoi pas, vous rappellera d'agréables souvenirs. Entre l'Algérie du Nord,le Sahara algérien ou l'algérie pratique, il vous suffira de cliquer sur le sujet qui vous intéresse.

Les écrits sur les villes et régions de l'Algérie du Nord vous conduiront à travers une
mosaique de paysages puissants et de villes-carrefours du littoral et de l'arrière-pays.
Egalement à travers l'histoire et l'évolution sociale, selon une distribution littorale, mais avec des incursions dans les régions telliennes et les Hauts-Plateaux.

Les écrits sur le Sahara algérien vous inviteront à découvrir les multiples visages du plus grand désert du monde. Du plus beau aussi. Voyage initiatique ou pélerinage, s'il en est; où la surprise, l'étonnement, le dépaysement et la fascination vous interpelleront à chaque tour de roue, à chaque pas, à chaque détour de piste, à chaque recoin de dune.
L'émerveillement garanti !

Les écrits sur l'Algérie pratique, quant à eux, vous donneront une multitude d'informations monographiques sur la géographie, les institutions, les traditions et la vie quotidienne en Algérie.

Autant de points de repères donc, qui peut-ètre vous permettront de vous frayer la voie vers une exploration plus poussée.

Je souhaiterais que la visite de ce site vous mène vers une autre visite plus concrète, car in situ: celle de l'Algérie des mille et un paysages, pour ne pas dire celle des mille et un visages. En attendant, je vous dis d'ores et déja "à la bonne heure" et "bienvenue en Algérie!"


K.Bouslama - Avril 2008

Algérie, une promesse d'étonnement (2)

Posté le 03.04.2008 par algerie360
L'algérie, depuis ces quinze dernières années, a décidé de s'ouvrir à la logique du marché. Et, par la mème, aux investissements privés nationaux et étrangers. Le tourisme figure parmi les tout premiers secteurs concernés par cette nouvelle dynamique. Après le pétrole et le gaz naturel, c'est, en quelque sorte, le second "or noir" dans le pays, le premier étant déja avéré pour l'importance et la qualité de ses réserves prouvées, pour son impact socioéconomique évident, pour ses recettes relativement stables.

Mais, contrairement à l'or noir, celui que nous évoquons ici, de couleur plutot bleue- turquoise au Nord, ocre-jaune au Sud du pays, présente des caractéristiques sans commune mesure avec toutes les autres potentialités figurant au registre algérien: nombre incalculable de "gisements" de toute nature et non encore inventoriés, à l'image d'une "terre où l'on retrouve tous les àges de la terre", réserves naturelles très diversifiées et, qui plus est, sont inépuisables, sites historiques et culturels relativement préservés sous l'angle de la protection environnementale. Le tout baigné par un ensoleillement notoirement généreux, disponible toute l'année, à tous les rythmes: marin, tellien, atlasien, saharien...

Pour tout dire, l'Algérie est une destination touristique virtuellement viable-c'est la moins saturée dans le Bassin méditerranéen. Un formidable patrimoine historique, culturel et civilisationnel y affleure, façonné sans doute depuis l'aube de l'humanité,
souvent unique au monde. Mais qui demeure encore vierge, méconnu, alors que son originalité est connue pour ètre sans pareille, d'une authenticité troublante.

Il faut dire que le tourisme et l'hotellerie accusent un retard franchement dommageable: dans l'augmentation et l'amélioration des capacités d'accueil et des compétences managériales, dans la mise en valeur des potentilités y afférentes, dans le marketing et la communication au profit du secteur, pour ne citer que ces trois à quatre grands volets.

Or, c'est précisément sur ces derniers points que les autorités concernées se sont avisées d'intervenir afin d'inverser quelque peu cette tendance actuelle qui consiste à ne considérer le pays que sous l'angle du pétrole et du gaz.

Alors, voila: il ya d'abord cet inestimable paramètre qu'est le profil géographique de l'Algérie. Quand on jette, en effet, un coup d'oeil sur la carte du monde, c'est,d'emblée,
ce vaste polygone de près de deux millions et demi de kilomètres carrés, généreusement enfoncé dans le bulbe africain et totalisant quelques 7000 km de frontières, dont 1200 km de cotes donnant sur la mer Méditerranée.

Et ce n'est pas tout: grace à l'emplacement privilégié que lui confère sa position géographique centrale, et du fait qu'elle se trouve -Histoire de l'humanité oblige- à l'extrème jonction des civilisations occidentale, africaine et orientale, l'Algérie ne peut, aujourd'hui, se présenter que comme un carrefour incontournable, éminemment singulier.

Et si tel est son prodigieux "destin géographique et culturel", c'est encore parce qu'elle est à l'intersection des deux grandes voies de communication: Nord-Sud et Est-Ouest.

Dès lors, comment ne pas lui envier d'avoir,des siècles durant, servi de transition entre des mondes si divers? Comment ne pas lui envier d'avoir su, avec un rare bonheur, marier la nature infiniment variée des contreforts méditerranéens et la fascination presque mystique des ineffables espace cuivrés du Sahara? Comment ne pas lui envier, en des contrastes si frappants, cette aptitude à présenter, à travers la légendaire majesté du Djudjura, des Aurès et de L'Ouarsenis, et l'impessionnante stature mégalithique du Tassili et du Hoggar, des destinations uniques, où l'évasion, l'aventure, l'émerveillement ne sont pas de vains mots?

L'Algérie, somme toute, a bien plus qu'une raison de se prévaloir d'une méditerranéité profonde, inébranlable, doublée dune continentalité effective. Elle est, à elle seule, un pays-sous-continent! (suivra)


K.Bouslama -Année 1998

Algérie, une promesse d'étonnement (3)

Posté le 08.04.2008 par algerie360
Et, du reste, ne serait-ce qu'avec sa multitude de contrastes géographiques, climatiques
et humains, l'Algérie est déja une belle promesse d'étonnement !
Outre la beauté bouleversante de ses paysages, de ses architectures et de ses habitants, le pays a conservé des témoins prestigieux des grands courants de civilisation qui ont traversé, depuis l'aube de l'humanité, le Bassin occidental de la Méditerranée. L'art et l'histoire y transparaissent à fleur de sol, indéfiniment. Ils y
délivrent, avec force, un ineffable message.

Quand on sait, par exemple, que les portes de son immense territoire mènent directement à la connaissance des grands ensembles régionaux dont elle fait naturellement partie-à savoir les ensembles maghrébin, méditerranéen et africain-on ne peut s'empècher de penser que l'algérie est surtout une terre de jonctions civilisationnelles.

Et, pour avoir si longtemps servi de transition entre des mondes si divers, c'est à présent une terre d'unité-diversité fondée sur interculturalité aussi pénétrante que brillante. Naturelle et authentique, somptueuse et lumineuse, elle l'est totalement dès qu'on se met à son écoute. C'est d'ailleurs ce pour quoi elle défie tous les clichés africains, méditerranéens et orientaux, ce pour quoi elle est à découvrir autrement.

Tous les types physiques y coexistent. se fondent et se confondent. On y rencontre divers paysages, des productions et des modes de vie étonnamment variés, souvent différents les uns des autres parce que façonnés par le milieu environnant.(suivra)

Tout compte fait, l'Algérie est bien plus qu'une destination touristique. Au visiteur qui ne veut pas se contenter de "bronzer idiot", elle offre pour ainsi dire un mini tour du monde en raccourci.

Tourisme balnéaire, climatique, thermal, saharien, climat répertorié parmi les plus doux au monde...le tout baigné par une luminosité idéale, autrement dit par un ensoleillement permanent, généreux, dispensé à tous les rythmes: marin, tellien, atlasien, saharien, tropical...Auant d'éléments, là encore, qui permettent de dessiner à grands traits l'Algérie touristique d'aujourd'hui et de demain

Et ce n'est pas tout. Avec ses caractères spécifiques, sans commune mesure avec ceux des autrres pays du pourtor méditerranéen, L'Algérie peut se pévaloir d'ètre une terre unique, hospitalière et conviviale. Où les contrastes sont si frappants qu'il est des périodes où l'on peut, dans la mème journée, se baigner le matin dans une station balnéaire du littoral méditerranéen, faire du ski l'après-midi dans les montagnes environnantes et bivouaquer en soirée dans le Grand-Sud saharien.

L'algérie, tout compte fait, offre non pas des itinéraires précis - qui sont plutot le fait des agences de voyage - mais c'est surtout sa surface totale qui est itinéraire. Un formidable patrimoine archéologique y affleure, façonné sans doute depuis l'aube de l'humanité, souvent unique au monde, fascinant de mystères...Mais qui demeure encore vièrge, méconnu, alors qu'il est d'une authenticité troublante, sans pareille.

Pour tout dire, l'Algérie est "une terre où l'on retrouve tous les àges de la terre". Pour au moins cette raison, c'est une destinatin touristique virtuellement viable, car c'est la moins saturée du Bassin méditerranéen. Une terre à découvrir donc sans plus tarder si, pour vous, voyager signifie découverte, évasion, art de vivre.


K.Bouslama - Année 1998

Littoral algérien, un balcon nord-africain sur la mer Méditerranée

Posté le 09.04.2008 par algerie360
Le littoral algérien en périodes printanière et estivale ? C'est du soleil à coup sùr, une mer cristalline, un feston de plages de sable fin... Et, pour rèver, un décor à remonter le temps.



De quoi peut-on avoir envie en périodes printanière et estivale ? De vacances paisibes, de farniente, de dépaysement ? Certes, mais on peut aussi avoir besoin de mouvement, de découverte, d'évasion...Alors, pourquoi ne pas se laisser charmer par
les 1200 kilomètres de littoral algérien ? Entre mer diaphane et montagnes boisées de pin, il a bien davantage à offrir !

Dans sa presque totalité jalonné de criques désertes, de calanques, de petites anses, de baies profondes et abritées, et nonobstant le feston de plages de sable fin dont il est paré, le littoral algérien fait assurément le bonheur des randonneurs ,des baigneurs, des amateurs de pèche, de sports nautiques...La faune et la flore marines y sont encore parfaitement préservées. Liberté des rythmes, des déplacements et des rencontres, il se prète merveilleusement bien à l'impromptu du séjour.


UNE KYRIELLE DE FOISONNANTS CENTRES COTIERS


Ici donc, pas de bords de mer bétonnés à outrance comme en possèdent tant de rivages de la Méditerranée: hotels, stations balnéaires et centres cotiers s'intègrent un tant soit peu au paysage, d'un charme particulièrement prenant. Et ce n'est pas tout...

...Le soleil et la mer confèrent à ce littoral un style de vie particulier, un visage singulier où se conjuguent nature et culture, modernité et tradition, intimité et convivialité. Et puis c'est simple, vous vous trouverez tout naturellement associé(e) à la vie quotidienne des habitants. Ce qui, en définitive, reste la meilleure façon de mieux les connaitre. Et, pourquoi pas, de se faire des amis.

Dans une telle perspective, que ce soit aux abords des grands centres portuaires,
véritables poumons économiques et culturels, ou à l'échelle des petites stations balnéaires, véritables havres de paix traditionnels au confort convivial et sans prétention, c'est toute une kyrielle de foisonnants centres cotiers qui autorisent à pénétrer plus intimement au coeur de l'attrayant univers maritime algérien.

Le littoral algérien semble d'ailleurs conçu pour tous ceux qui aiment autant la mer que les découvertes touristiques et culturelles. C'est tout à l'honneur de l'Algérie, dès lors que ce sont là trois des plus séduisants visages qui font de ce pays un incomparable balcon marin sur la rive Nord du continent africain.


UNE EXTRAORDINAIRE RICHESSE ARCHEOLOGIQUE


Entre les inoubliables baignades aux senteurs iodées et l'homérique découverte de fonds marins fascinants, chacun campera-pour une journée ou plus-sur les plages blanches ou ocres, calmes ou animées des complexes balnéaires, sportives ou très
"farniente" des alentours urbains, ou sur des criques et calanques désertes.

Autre atout majeur pour les passionnés d'aventures créatives, l'extraordinaire richesse
archéologique, historique et culturelle de ce littoral. Quand, par exemple, vous irez à la découverte de cette nature généreuse, baignée de mer cristalline, de soleil complice,
et jalonnée d'innombrables vestiges archéologiques, vous remonterez le temps à votre gré. Vous le remonterez jusqu'au berceau des civilisations de ce monde !


LE LITTORAL ALGERIEN, UN VERITABLE "LIVRE" D' HISTOIRE


Alors, vous comprendrez pourquoi il fallait quelque part une terre, une dimension pour réunir, en un espace si vaste et en mème temps si étroit, tant de monuments, tant de documents, tant de témoignags sur la longue marche de l'humanité.

C'est que, destins géographique et culturel obligent, le littoral de l'Algérie est loin d'ètre banal. C'est un véritable "livre" d'histoire où règnent sans partage le soleil et la mer. C'est, somme toute, un immense musée à ciel ouvert, unique au monde. A visiter bien sùr, à sauvegarder surtout.

On retiendra, en effet, que c'est grace à ses ports naturels, vastes et abrités que le pays a -depuis l'aube de la navigation- toujours occupé une position stratégique fort enviable: celle de sentinelle de la Méditerranée. Et c'est, de toute évidence, à quelques encablures à peine du Sud de l'Espagne, là où l'Europe se rapproche le plus du continent africain, qu'il a exercé une position de controle. Position idéale qui, par la mème, en a fait un tremplin géographique rèvé.


UNE RESERVE DE CALME ET DE BEAUTE AUSTERE


Pas étonnant, dès lors, que les puissances de l'Ancien Monde aient tour à tour conquis ou occupé l'Algérie et y aient laissé leur plus forte et plus évidente empreinte...Aux Phéniciens succédaient ainsi les Carthaginois, puis les Romains, les Byzantins, les Arabes, les Ottomans. Et, en dernier, les Français qui domineront le pays jusqu'en 1962, année à laquelle l'Algérie devient une république indépendante.

Lorsque demain les vagues de touristes étrangers se déverseront à leur tour sur l'Algérie, il faudra seulement espérer que le danger de pollution reste minime. L'étendue du littoral est en soi une garantie, et le relef puissant et complexe qui fragmente le territoire en une multitude de contrées difficilement pénétrables apporte l'assurance que l'Algérie demeurera un "sanctuaire", comme on le dit et suggère un peu partout ailleurs. Sur ce rivage de Méditerranée si fréquemment dégradé, elle continuera d'apparaitre -c'est le moins qu'on puisse souhaiter- comme une réserve de calme et de beauté.


K.Bouslama- Tassili Magazine n° 34- Juin-Aout 2003

Adrar-Touat, Timimoun-Gourara:Le sens caché du mot désert(1)

Posté le 10.04.2008 par algerie360
La nature mème du désert favorise l'illusion, les clichés. Mais qu'on ne s'y trompe pas!
Le Grand Sud algérien n'est pas seulement cette immensité plane où le vent, inlassablement, érode, sélectionne les débris minéraux, règne en maitre. Il est tout, sauf une surface lisse. Collines, escarpements basaltiques, reliefs volcaniques griffent
l'infini tandis que, dans les ergs, le sable s'envole, s'épaissit, devient nuage. Puis
s'accumule, façonne des paysages souples: épaulements massifs et courbes pleines
qui ont la beauté émouvante d'un corps humain...Le grand Sud, pour tout dire, se
révèle d'abord à ceux qui aiment le silence, les oasis et savent marcher longtemps. Sans sourciller.



A priori, rien n'est plus facile à reconnaitre que le Grand Sud algérien. Une ligne à l'horizon, du bleu au-dessus, de l'ocre au-dessous. Voilà déja un excellent croquis panoramique du désert ! Ciel sans nuages, sol sans eau: par ces manques, le Sahara
est presque tout entier défini. Il suffit d'ajouter, en s'aidant de clichés bien trop frappants pour avoir été retouchés, ici le renflement d'une vague de dunes, là une caravane de chameliers, plus loin un brusque relief montagneux, ailleurs les palmiers-dattiers d'une oasis posée au bord d'un filet d'eau.

On dispose alors d'une série d'illustrations éloquentes, de tableaux tout à fait significatifs que des enquètes auront certes conduit à préciser, mais sans les démentir. Vérification faite, il apparait que ce ne sont là que des lieux communs créés puis entretenus pour les curieux qui suivent les choses de loin. Les dunes de sable étalées à l'infini, la chaleur accablante, les dromadaires, l'absence d'eau et de végétation, l'extrème rareté des hommes, bref, le désert tel que le commun des mortels se l'imagine, ne seraient que le plus vulgaire des mirages.

Il faudrait se composer un autre tableau : avec des villages climatisés dont les silhouettes bouleversent l'imagerie traditionnelle du désert, des paysages peuplés de derricks, des légumes verts, de l'eau courante, une agréable tiédeur, des embouteillages de camions et de 4x4...Ainsi parviendrait-on à se représenter avec plus de justesse le vrai Sahara algérien.

Pourtant, que l'on se situe à Adrar, dans le Touat, ou à Timimoun, dans le Gourara,
nous ne sommes pas moins dans un autre monde, loin du Tell et de la mer, navigant dans un océan de sable autrement plus difficile à traverser que la mer Méditerranée.
Sans doute parce que façonnés par le milieu naturel, les styles de vie y sont bien différents.

Ainsi villages et ksoùrs, offrant au spectateur l'une des architectures les plus typiques de
tout le Sahara, s'éparpillent dans l'immensité, comme au hasard, confinés en réalité dans les dépressions à peine visibles des "dayas" où se concentrent les palmiers des oasis, dans un décor absolument nouveau. Le palmier et le dromadaire, dont on a quelque peu abusé dans les chromos et les récits de voyage, n'en sont pas moins des ètres vivants caractéristiques, aux structures bizarres, et comme les témoins troublants d'àges révolus.

Désormais le voyage dans le Grand Sud algérien ne sera qu'une navigation en terre ferme : d'ile en ile pour ne pas dire d'oasis en oasis, à travers les dunes et les hammadas pierreuses, faisant apparaitre les paysages les plus contrastés, les populations aux modes de vie les plus tranchés, le plus souvent cohabitant selon des rythmes millénaires : les uns marchant en regardant les étoiles, les autres se courbant vers la terre , grimpant aux palmiers pour en cueillir les fruits ou en activer la fécondation; les déplacements des uns étant aussi réglés le long des saisons que les
travaux agricoles des autres.

Nul doute, alors, que le charme du voyage effectué à Adrar et à Timimoun ne soit du en partie à ce dosage subtil, à ces alternatives heureuses, à ces contrastes frappants,
mème si l'objet de notre séjour en ces contrées lointaines relevait plus de l'événement littéraire que du circuit touristique organisé.

Ne s'agissait-il pas, avant tout, de marquer, hors de la capitale, la naissance du tout premier recueil de poèmes de Mohand Abouda, "Le Grand Acte" ? Et d'ailleurs, pour une première, c'en fut vraiment une.

Convier, en effet, un groupe d'une quarantaine de personnes de différentes professions
-hommes de lettres, éditeurs, journalistes, photographes, artistes-peintres, musiciens,etc - à une manifestation culturelle qui ne demandait pas moins qu'un
déplacement, en avion, de plus de 1500 kilomètres, représentait une véritable gageure au regard de l'entreprise, de la distance, de l'imprévisibilité qui pouvait caractériser le séjour.

Faut-il rappeler que, jusque là, les manifestations de ce genre ( vernissages de toiles picturales ou ventes-dédicaces de livres ) constituaient l'apanage de la seule capitale et de quelques grandes villes du pays ? N'empèche que pour ce qui était de se retrouver à El Mansouriah, proche banlieue d'Adrar, pour la présentation exclusive du "Grand Acte", le défi fut relevé. Et de fort belle manière puisque la totalité du groupe répondit présent au départ d'Alger.

Est-ce parce que chacun de nous s'est senti irrésistiblement attiré par ce fameux Grand Sud, cadre grandiose dont on a déja tant loué la fascination exercée sur tous les voyageurs qui, un jour, ont traversé ces espaces hors du commun ? Est-ce parce que, contrairement au nord du pays, nous étions assurés d'y rencontrer des ètres humbles, affables, à la limite de la plus déroutante hospitalité ?

Et puis, ultimes interrogations demeurées pendantes : mais d'où vient ce qu'on a appelé la spiritualité du désert, la puissance essentielle qui justifie son attraction sur tant d'ètres, sur tant de consciences ? Et comment cacher son émotion, comment rester indifférent devant ce silence éternel, ces espaces infinis ?

On a répété souvent, après Ernest Renan, que le désert était monothéiste. Ce n'est sans doute vrai que partiellement. Aussi bien aujourd'hui qu'au temps des prophètes qui allaient y retremper leur énergie spirituelle, le désert ne manque pas de génies, de djinns, de démons. De mème que les habitants y ont leurs dépots, leurs greniers dans les ksoùrs, de mème y ont-ils souvent leurs sanctuaires.

Les alentours d'Adrar et de Timimoun sont, à ce titre, pleins de "qoubbas" des ancètres
et des saints de la région. Ce sont des lieux qui portent en eux un message qui touche au mystère des origines, aux mythes de fondation, à l'identité profonde.

Il n'en reste pas moins vrai que le grand espace désertique séduit. Le groupe d'El Mansouriah en sait désormais quelque chose, lui qui a pu, le temps d'un bref séjour,
mesurer combien l'immensément grand, conjugué au dépaysement total, impose non seulement le désencombrement de l'esprit, mais aussi comme une réduction décisive à l'unité. Cet aspect mystique est parfois physiquement palpable.

Installez-vous, par exemple, à certains places comme celle d'Adrar; ou sur la terrasse
de l'hotel Gourara de Timimoun, en contrebas de laquelle s'étend, infiniment verte, la
palmeraie tout au long de la "sebkha": chaque soir, le soleil s'abime dans une splendeur telle qu'elle semble absorber tout l'univers et toutes les apparences dans la gloire et l'unité du seul Etre nécessaire.

Images devenues par trop conventionnelles parce que produites à d'innombrables
exemplaires par les peintres et les photographes, mais qui demeurent intensément chargées de sérénité et de poésie chaque fois qu'on a le privilège de les contempler dans la réalité de leur cadre naturel.

Fort heureusement donc, pour ceux qui le visitent sans préjugés, Le Grand Sud algérien offre chaque jour, malgré la monotonie des regs et des hammadas, un spectacle renouvelé. Cette terre aride, à priori inhumaine et hostile, s'anime immanquablement sous la magie d'une lumière vibrante, engendrant soudain villages fortifiés, oasis de
rève ou sites naturels d'une beauté à couper le souffle.

"Mirages" qui flottent quelques instants dans l'espace, dans des lacs mercuréens, avant de se dissoudre, diaphanes, insaisissables, dans un frissonnement de fournaise. Mais qui assurément ont façonné le caractère d'hommes et de femmes libres, indépendants : courageux et fiers, à juste titre, de savoir et pouvoir maintenir la vie dans ces espaces immenses, austères et féériques à la fois.


K.Bouslama -Tassili magazine n° 22- juin 2000









Traversée Adrar - Timimoun: L'éblouissement des sens !

Posté le 10.04.2008 par algerie360
Dans le Grand Sud algérien, il est des lieux bénis. Au coeur du plus torride des déserts,
le groupe du "Grand Acte" a rencontré, entre Adrar et Timimoun, de tels lieux.
Recréation, par la narration, de cette rencontre qui, pour ce groupe, a été un temps retrouvé.


Lundi 20 mars.


La descente sur l'aéroport d'Adrar est amorcée. Déja, à l'atterrissage, commencent les sensations du Grand Sud.Tant pis pour le reste du monde et son stress quotidien, laissés loin derrière nous, dans le nord du pays. Pour une fois, ils resteront aux vestiaires.

Après de brèves formalités d'usage, bien moins contraignantes qu'à l'aéroport d'Alger- Dar El-Beida, nous prenons place dans des 4x4 aménagés pour les expéditions. Au sein du groupe, en dépit de la fatigue, l'ambiance est plutot bon enfant. Un peu de convivialité méditerranéenne, il est vrai, vient à la rencontre de la légendaire hospitalité du Sud algérien. Sur la route s'égrène un chapelet d'oasis. Vraisemblablement autour de ces fameuses "foggaras" (puits). Peu avant d'accéder au centre-ville, nous bifurquons vers El Mansouriah, qui servira de lieu d'hébergement durant notre séjour à Adrar.


LE DESERT : UN ETAT D'AME, UN REFUGE DE L'AME


Dans ce lieu dit au nom évocateur, campe solidement le centre d'accueil que possède notre hote, Mohamed Achour Kerrazi. Nous sommes dans la proche banlieue d'Adrar.Et,
pourtant, on a le sentiment de naviguer, sans contredit, au coeur du plus torride des déserts. Le centre d'accueil est une structure construite en dur. Pas tout à fait une auberge de jeunesse, pas très exactement un centre touristique. Juste un havre de verdure et de repos sur un sol aride, une sorte de sanctuaire qu'avoisinent de discrètes habitations.

Passé le grand portail d'entrée, le décor change. Il est plutot avenant. A droite, un vaste champ de blé vert, quelques arbres fruitiers. A gauche, un patio. Avec, au centre, un puits et un carré de sable. En l'occurrence pour les méchouis et feux de bois. Tout autour, quelque huit chambres de différentes dimensions -comprenant de trois à six
matelas chacune-, le tout agencé dans un style architectural de type caravansérail. Et, suprème confort, une piscine aux dimensions certes modestes. Mais qui, dès l'arrivée
du groupe, n'a pas manqué de faire d'heureux baigneurs. Pas de télévision ici, pas mème une radio, et c'est tant mieux !

Dépaysement garanti ! Le silence, peut-ètre, deviendra-t-il "assourdissant" ? Quant à l'espace, il ne dévoile rien. Ou plutot si: le grand vide ! là, on se découvre autrement.
Le vide est sensation. Après tout, le désert saharien n'est-il pas, comme le consacre l'expression, "un état d'àme, un refuge de l'àme" ?

Après le thé traditionnel, servi comme de bien entendu en guise de bienvenue, un excellent "tàam"(couscous) façon locale aura vite fait de renflouer nos ventres "naufragés". Enfin, tout rentrera dans l'ordre à l'heure de la sieste. Réparatrice, il est vrai, pour nombre d'entre nous. Seulement voilà, notre compère Daoudi, lui, ne peut dormir. Il compte à présent les heures qui le séparent de celle, éblouissante, de l'apéritif du soir.

La ville d'Adrar valait tout de mème quelque "descente". Vieux souk donc, menues emplettes, errances sur la Grande Place, bar de l'hotel Touat, etc. Bref, tout ce qu'une fin d'après-midi permet de voir, d'apprécier. La soirée, quant à elle, est comme attendue par Daoudi : tout simplement éblouissante. Imaginez que, dans le patio du centre d'accueil, juste un peu au-dessus de nous, des étoiles nagent. Inlassablement.
dans l'aquarium nocturne du ciel. Entretemps, nous autres, ici-bas, déclamons des poèmes du "Grand Acte". Le lendemain matin, le groupe entreprendra la visite de villages, ksoùr et sites environnants: Bouda, Tamentit, etc;


Mardi 21 mars.

Temps matinal propice aux randonnées. Dans un poudroiement d'or, le cortège de 4x4
s'ébranle. Direction le village de Bouda, distant d'une quinzaine de kilomètres. Le flamboiement du soleil, déja très haut sur l'horizon, semble baigner le ciel et le désert.
Nous laissons derrière nous les palmeraies qui donnent l'impression de s'effilocher,
comme rongées par le sable, au fur et à mesure que l'on s'éloigne d'El Mansuriah.


LE TOUAT : UN REGARD VERS L'AVENIR QUI NE S'INSCRIT PAS EN RUPTURE AVEC LE PASSE


Après la visite de la source d'eau bénite - source qu'abrite un des tout premiers hameaux de Bouda - et les rituelles ablutions qu'elle a occasionnées, nous poursuivons notre tonitruante randonnée : secousses, plus de peur que de mal, blagues, éclats de rire, chansons, sont, en effet, de mise sur la tole ondulée.

Soudain la caravane s'arrète. En bordure de la route, le sol, convulsé. Il semble avoir été étrangement criblé. Pluie de météorites ? Peu vraisemblable. Dun geste très large, Mohamed Achour, auquel le role de guide sied si bien, désigne la croùte irisée par la fournaise :"Ce n'est pas ici qu'on trouvera quelque trésor caché", décochera-t-il avec à-propos.

Dans ce monde minéral et torturé, longtemps réfractaire à toute pénétration humaine, quelques bouquets de palmiers tentent vainement d'égayer le paysage. Nul bruit dans cette contrée isolée où rien ne décèle la vie. Il se dégage de ces lieux une impression de désolation, de dénuement. En revanche, c'est une toute autre facette du désert qui, un peu plus loin, attend le groupe : on roule à présent sur un tapis neigeux où s'amoncellrnt des flocons de cristaux de sel, en une surface d'une tonalité blanchàtre : refles violets, verts, jaunes, gris, selon les positions du soleil...Avec les dunes, la terre ferme (re)fait son apparirion.

Passé ce territoire insolite, une autre découverte, aussi inattendue que les précédentes, surprendra une fois de plus : une qoubba de forme conique, comme jaillie du sable ocre, rouge et jaune, exhibe sa blancheur immaculée. Mausolée du cheikh fondateur, aieul éponyme, ami de Dieu, Maitre du sens ? On y entre un peu hésitant, comme dans la "matrice universelle, dans la courbe fermée du ciel et de la terre. Au sol git, sous mille linceuls qui le dérobent, celui qui dit et fit que la communauté soit en dehors du meurtre politique. Il dit au centre de la matrice, dans l'axe cosmique, ce qui devra ètre fait pour que la cité soit de Dieu".

Après avoir roulé toute la matinée, après avoir tourné sept foie à l'intérieur de la qoubba
et formulé un voeu, c'est alors un réel plaisir d'escalader la dune toute proche. Avec,
toutefois, le léger regret d'inscrire ses empreintes dans ce sable tiède, qui semble
inviolé depuis le commencement du monde. On sait bien, pourtant, qu'il suffit de quelques heures, voire quelques minutes de vent, pour qu'il retrouve son apparente virginité.

Aux alentours immédiats, comme pour confirmer que c'est là, à coté - ou autour - du
mausolée blanc que "s'érige la cité des vivants, que se donne à lire l'historicité hors du temps mesuré, que s'inscrit à la surface du monde la trace, la cicatrice qui sépare le vivant de l'inerte, l'eau de l'argile", c'est là, donc, que coule l'écrin vert de la palmeraie, à laquelle acacias, bananiers et saules-pleureurs confèrent une impression de luxuriance. L'enchantement, quoi. Dù non seulement à la fraicheur qui se dégage de ces jardins ombragés, mais aussi à la débauche de couleurs où tamaris et genets exhalent leur parfum énivrant. Autour de ces points d'eau, véritables salons mondains du désert, les yeux s'attardent sur de ravissants visages de fillettes dont les gestes - telles des complaintes nostalgiques - et le regard chaud émeuvent les àmes.

Moment d'intence satisfaction : le repas offert, dans la salle des convives, par Ammi Hamou. Les membres du groupe y sont d'autant plus sensibles que la "chakhchoukha", préparée selon une coutume adrarie, est succulente. S'ensuivent les trois tasses traditionnelles de thé à la menthe, très chaud et parfumé. Le soir, au centre d'accueil, alors que le désert s'enveloppe dans le silence mystérieux et ouaté des dunes, nous poursuivone le rève ébauché, assis près d'un petit feu de branches, aspirant à petites gorgées un odorant thé à la menthe.


CE N'EST PAS BEAU, C'EST FORMIDABLE !


Mercredi 22mars.

Nouveaux préparatifs, nouveau départ matinal. Mais cette fois, c'est pour la ville de Timimoun, distante de quelque 260 kilomètres. Là encore, il faut se rendre à l'évidence : Tout espace vide et immense ne s'appelle pas forcément désert. Le Grand Sud algérien est, de ce point de vue, imprévisible. A chaque avancée des véhicules,
nous découvrons un aspect inédit, une dimension nouvelle des lieux que nous traversons. Le cul-de-sac par exemple, où nous roulons depuis peu, abrutis de chaleur torride, parait nous absorber outrancièrement.

Prmière alerte au vent de sable, tout le monde remonte les vitres. Le convoi marque alors une petite halte. Dressé devant son 4x4 blanc, le buste arc-bouté pour s'opposer
au vent de sable, Mohamed Achour agite son écharpe saharienne comme un oriflamme, signe qu'on peut continuer notre route. Sa silhouette semble flotter sur la dune dont le sif s'écrète et fume en un crissement soyeux. Sur cette vaste étendue dénudée, sans trace de végétation, sans point d'eau sur au moins une centaine de kilomètres, les yeux s'emplissent malgré tout d'images féériques. Ce sentiment est d'ailleurs partagé par tout le groupe : ce n'est pas beau, c'est formidable !

Et c'est dans cet immense couloir au sol gravelé, monotone, coupé de massifs sablonneux, où les plus hauts sommets atteignent 300 mètres, que Sid-Ali le libraire, mon voisin de siège, cherche à définir la carte de la...planète ! Les jeux du soleil sur la dune, eux, sont autrement plus captivants. Ils font apparaitre parfois, en une étonnante symbiose, les images d'un passé millénaire dont l'histoire est opiniàtrement inscrite dans la roche fendue. Pour tout dire dans la roche crevée partout, dans tous les sens. Surgit à point nommé à l'horizon, comme apparu dans un rève éveillé, le village d'El M'tarfa...Grande diversion dans les véhicules: à mi-chemin de Timimoun, le groupe, jusque là comprimé sur les sièges, va enfin pouvoir se dégourdir les jambes. En marchant, bien évidemment.


LE VIEUX KSAR D'EL M'TARFA : EMPREINT D'UNE RELIGIEUSE TERREUR


Vu de la route, El M'tarfa parait désert, sous un soleil écrasant. Village typiquement désertique, il est vrai, de surcroit encerclé par des dunes de sable. Mais qui n'en continue pas moins de sauvegarder ses us et coutumes ancestraux. Au premier plan, le ksàr(forteresse). Ou, du moins, ce qu'il en reste. Visiblement, rien n'a du ètre plus capricieux que la vie de ces petits villages fortifiés, entretemps abandonnés pour les raisons les plus diverses : guerres, discordes intestines, progrès de la sécurité, déplacement d'une source, etc. D'ailleurs ce dernier phénomène, dans ces territoires torturés, peut se produire à la suite d'un tarissement, ou d'une secousse tellurique.

N'empèche qu'ici l'eau irrigue bel et bien les veines de la forteresse. Elle passe sous les remparts pour aller au jardin. Le monde interne des ksoùr en est le sein protecteur,
humide et tiède, austère et sombre par excès de lumière féminine dans l'espace domestique. Telle la fiancée des "cantiques des cantiques", toute sa beauté est à l'intérieur.

Le groupe s'arrète sur une vaste esplanade au-dessus de laquelle se dressent, étincelantes de lumière, les ruines du vieux ksàr. L'endroit, malgré quelques maisons avoisinantes, est pathétique. Il est empreint d'une religieuse terreur. Le vieux ksàr, en effet, n'a laissé que les traces, encore visibles, d'une enceinte carrée. Il est, dernier
baroud d'honneur, sur le sommet applati d'une éminence presque ronde. Les maisons, quant à elles, s'étalent, au coude à coude, sur un piédestal aplani.

Au moment où l'on s'y attend le moins, le dédale de ruelles infiniment étroites ouvre sur une placette où s'offre, à nos yeux, un spectacle saisissant : à présent nous dominons d'assez haut le merveilleux panache de verdure des palmiers que barrent,
à l'horizon, des mamelons de sable rongés par le soleil de midi. On s'arrète un instant,
hésitant, hébété comme dans certains rèves ...

Sans plus tarder, Mohamed Achour oriente le groupe vers les "seguias" (canaux d'irrigation) blotties à l'ombre de la palmeraie. Plus précisément là où l'aiguade sourd
dans les innombrables venelles. L'eau transparente s'y égaie en menus courants,
bruissant entre plantes sahariennes, quelques arbres fruitiers et de longs roseaux. Une ombre légère rafraichit le ravin solitaire où le soleil ne peut percer.

Parfois, un rayon perdu se glisse jusqu'au fond du bassin -aménagé en plan d'eau- qu'il jaspe de couleurs éblouissantes. Ce rai de lumière viole -c'est le cas se le dire-
les profondeurs qui s'irradient sous la caresse brutale de l'astre au zénith. Puis il se retire lentement, comme à regret, laissant l'ombre jouer en chatoyants reflets sur les palmes, sur l'ocre du sable. Cete halte apaisante permet au groupe de prende un contact bref, mais direct avec la population.


LES ROCHES BASALTIQUES : UNE VISION APOCALYPTIQUE DES FORGES DE VULCAIN


Tandis que les palmiers d'El M'tarfa disparaissent derrière les premiers contreforts du Touat, des réflexions existentialistes se bousculent dans les tètes de Anissa, Maria et Saàdiya, nos trois voisines du siège arrière. Quant au désert, pour ne pas déroger à son statut, il étale, tel un rouleau compresseur, son inhumaine monotonie, son infinie solitude. Et c'est ce moment là que, sous l'éblouissante lumière saharienne, les roches basaltiques "choisissent" pour "flamber". Elles font surgir, sous notre regard dénudé, une vision apocalyptique des forges de Vulcain : amoncellement de roches chaotiques, soulevées, hachées, découpées en pointes d'une hardiesse invraisemblable. En contemplant, émerveillé et terrifié, cet amas fantastique, dantesque qui s'étale de part et d'autre de la route, on a la nette impression d'un monstrueux éboulement d'où surgissent des pierres dressées, index tendus vers le Créateur, comme autant de points d'exclamation, forteresses naturelles déjouant les lois de l'équilibre.

Le souffle puissant du "fech fech" (vent de sable) semblerait devoir tout balayer, tout niveler. Et, pourtant, ces pierres usées, polies par les vents de sable, restent figées en d'étranges postures, témoins muets d'un passé plusieurs fois millénaire. Sur ce décor wagnérien, le soleil explose en un prodigieux flamboiement de couleurs aux tons irréels. Tels d'antiques donjons, les roches burinées se découpent en ombres chinoises, sur un ciel devenu brusquement d'enfer.

Plus on s'enfonce dans ce monde tourmenté, où le règne minéral est sans partage, plus on a conscience de pénétrer dans le domaine absolu de la mort : aucune trace de vie animale ou végétale, aucun indice d'habitation. En guise de verdure...deux palmiers plutot chétifs. C'est tellement inattendu, dans ce paysage torturé, que la caravane ralentit pour les admirer. Ces arbres -dont on dit que ce sont les plus humains des arbres- ont quand mème l'air de bien résister. Cependant, à des kilomètres à la ronde, aucune trace d'humidité.

Peu avant d'arriver à Timimoun, autre changement de paysage. Le fond de décor vert sombre d'une palmeraie esseulée souligne enfin un horizon où les tons pastels virent lentement avant de basculer, d'un coup, en un jaillissement de métal. Quelques véhicules apparaissent un bref instant sur la route quelque peu gondolée par tronçons. Nous les croisons tels des mirages évoluant sur un nuage blanc.

L'endroit, en tout cas, parait tout indiqué pour une pause-repas. Ce sera chose faite dans ce havre de fraicheur et de repos où l'ombre est si douce, la halte si rafraichissante. Mais néanmoins sur un sol marqué par de notables remontées de sel.


TIMIMOUN ? CELA COMMENCE PAR DES COULEURS VIVES



On arrive, en fin d'après-midi, aux portes de Timimoun par une route qui laisse voir des paysages d'une saisissante originalité. Après l'aridité du désert -du reste jamais démentie jusque là- après la "monotonie" de la mer de sable, entrecoupée quelquefois par des ilot de végétation et de rochers, cette ville, sans doute unique au monde, apparait comme un coin presque féerique de verdure et de fraicheur. Avec ses eaux, ses maréchages, ses arbres fruitiers, c'est à se demander si c'est vraiment une ville du Sud...

Timimoun ? Cela commence par des couleurs vives. Mème si, au moment où le soleil "tombe", celles-ci commencent à perdre leur éclat. On dit que "l'ocre des maisons rougeoie quand il pleut, et les soleils inventent des tons selon qu'ils alternent l'ardeur ou la douceur". Timimoun, c'est aussi, après le plateau du Tadmait, ces oasis rouges qui donnent au Gourara un aspect très particulier. L'argile, "pétri dans ce rouge qui nuance", préfigure en effet une architecture issue d'une combinaison savante : civilisation arabo-musulmane et traits de style néo-soudanais. Et ces tons d'une seule couleur, que l'on retrouve dans un ordonnancement harmonieux des jardins et de la palmeraie, évoquent sans doute, comme nulle part ailleurs, une sérénité voluptueuse.

Des rues labyrinthiques du vieux ksàr à la place du marché, en passant par le "somptueux" hotel Oasis rouge -baptisé ainsi par Son Altesse royale la duchesse du Luxembourg, en 1924, en marge de l'inauguration du "Circuit Grand Erg"-, entre la Grande place et la palmeraie foisonnante, il y a forcément de ces senteurs anciennes, quelque chose qui remonte du fond des àges et qui semble ètre suspendu dans ce dédale de longs boyaux, d'escaliers, de ruelles aussi étroites qu'un couloir de F3...

Et ces senteurs vont de la Porte du Soudan -édifiée curieusement par un capitaine de l'armée coloniale française- aux murs des vieilles maisons décorées par des relefs miniaturisés. Il n'est d'ailleurs pas étonnant que le célèbre architecte français françois Pouillon, qui construisit l'hotel Gourara où nous nous trouvons à présent, fut fasciné par ces repères architecturaux.

Pour en revenir à notre nuitée à Timimoun, elle est comme les précédentes : "longue à devenir demain", comme dirait Jacques Brel. Elle s'écoule lentement dans l'ambiance survoltée -de surcroit épicée de volupté- du fameux restaurant Ighzer.

Dans le refuge qui jouxte l'hotel Gourara, nous sommes conscients d'une chose : il sera difficile, avant longtemps, de revivre une soirée pareille. Peut-ètre le fennec, qui se trouve dans le jardin tout proche, pourrait-il en témoigner ? il y a comme ça, de ces images qui restent, indélébiles, comme autant de souvenirs inoubliables. Celles de notre virée à Adrar, agrémentée d'une sensationnelle randonnée à Timimoun, resteront longtemps gravées dans nos mémoires. En tout cas aussi longtemps que durera, opiniàtre, cet esprit du Grand Sud qui est déja en nous. Qui nous habite désormais.


K.Bouslama -Tassili Magazine n° 22- Juin 2003















Alger-Casbah, ou Momo, poète-cantilène de la citadelle

Posté le 12.04.2008 par algerie360
Il est de ces crédos existentiels qui sont si nobles qu'on ne peut guère leur appliquer les critères habituels sans porter la main sur le crédo lui-mème. Celui que Himoud Brahimi, dit Momo, soutient depuis toujours est tout simplement sublime : devenir l'illuminé de la Casbah.


IMAGINEZ UN PEU CE DOCTE PERSONNAGE QUI FRISE L'INSOLITE



"Chaque matin le soleil salue son amour et la Casbah ravie lui ouvre toutes ses couches". La voilà bien, l'image initiale ! La Casbah est une amante. Mais c'est aussi un univers labyrinthique multiséculaire, le noyau historique de la capitale, où le passé s'accorde sans artifice avec le présent.

Déja adolescent, Himoud Brahimi, dit Momo, conçoit cette idée qui, plus tard, sera son idée-force : El-Bahdja, la forteresse inexpugnable, ou l'entètement héraldique d'une civilisation maghrébine poursuivant obstinément sa lente progression à travers les àges.

Les poètes sont -en tant que poètes- dépourvus de puissance. Peut-ètre est-ce pour cela qu'ils ne convainquent que là où ils ne disent presque plus rien, et suggèrent tout,
comme Momo dans son poème-cantilène "Architecture" (lire après ce texte).

Imaginez un peu ce docte personnage qui frise l'insolite, qui parait presque irréel. A
l'écouter conter son singulier parcours existentiel, tout, en lui, transpire une profonde originalité. A commencer par le visage : face burinée par les embruns, à l'image de ces fantasques rais de l'époque barbaresque, barbe en pointe qui lui dévore les joues jusqu'aux pommettes, regard pénétrant, cheveux en boucles argentées -parfois attachés en queue de cheval- le tout serti de quelques traits de caractère à la limite de l'ostentation : langage ésotérique pointu, intonation sacerdotale, expression des yeux tantot malicieuse, tantot affectée, mélancolique...

Avec son légendaire séroual "m'qaàda", son "h'zème" traditionnel et son gilet typiquement algérois, il fait songer à on ne sait quel raphsode mythique ou conteur épique sorti tout droit d'un bazar stanbouliote du siècle dernier.



LA CASBAH , "CE LABYRINTHE PRODIGIEUX D'ARCHITECTURE PHENOMENALE"...



Et c'est toute la Casbah, imprescriptiblement secrète, tout le Viel-Alger des contes et légendes populaires d'antan que l'on est amené, avec une émotion et une admiration croissantes, à découvrir au fur et à mesure qu'il se remémore, non sans ferveur d'ailleurs, "ce labyrinthe prodigieux d'architecture phénoménale, qui s'étage en escaliers de terrasses, de clartés grimpant commodément sur les collines qui mènent aux monts alentours" et dont il asusi bien incarner la conscience millénaire.

Mais pourquoi donc si peu de témoignages sur Momo qui collent véritablement à la mémoire ? Aujourd'hui la question ne s'est mème pas posée. Momo navigue à vue dans les humeurs grises d'une citadelle par trop repliée sur elle-mème, peu encline à se confesser. Il n'a besoin de personne. Ou peut-ètre si...

Respectable patriarche octogénaire, à l'image des sages de ce monde, il donne toujours, il rend la voix à ceux qui ne l'ont plus. Il crie la souffrance des autres. C'est en cela qu'il ne reste pas moins vif, attentif à tous les bruissements, à toutes les pulsations qui lui parviennent du coeur de la ville. Il "frère" encore, comme dirait l'irremplaçable Jacques Brel.


...DEMEUREE INSEPARABLE DE LA MER QUI L'A VUE NAITRE



Sa famille ? L'humanité entière. Sa patrie ? La planète terre. Et, comme pour souligner qu'il n'y a point de limite à son humanisme convivial, il y ajoute volontiers un zeste d'univers cosmique. "Affaire de concepts", lance-t-il en penchant vers l'avant sa tète, histoire de mieux vous toiser par-dessus ses lunettes.

Momo explique , de la sorte, que sa patrie commence par l'inamissible ville blanche : harmonieusement étagée , demeurée inséparable de la mer qui l'a vue naitre, qui a fait sa gloire, sa fortune, et surtout de cette originalité que seules quelques grandes cités méditerranéennes peuvent se targuer d'avoir. El Djazair El-Mahroussa, la Bien-Gardée, immuable vestale de la mémoire historique et culturelle de l'Algérie.

Seulement voilà : à la lisière maritime de cet "immense gateau de sel dont chaque maison forme un cube régulier, comme des cristaux de sel gemme", campe solidement l'inébranlable Ras-Ammar, L'Amirauté. Entendre par là l'emplacement élu de sa prime jeunesse, là où, se rappelle-t-il, "les pavés de la ville et de la Pècherie dévalaient en pentes inclinées jusqu'au bord de la mer, où les barques de pècheurs arrivaient à la queue-leu-leu pour vendre des poissons frais et frétillants, à la criée..."

Vient ensuite ce pays d'accueil où il a bonne souvenance d'avoir été plutot bien accepté : Paris-Verlaine, Paris-Cocagne des années 40, fragrance de sylphides auréolant de langoureux lauriers notre fringant champion du monde de nage sous-marine : "Je suis allé à Paris en 45. J'ai réalisé mon rève...Voir Paris...J'ai vu les musées...Le louvre...Et j'ai lu...J'étais gourmand des mots et des idées. Et puis des femmes"...Mais je sentais que j'allais vers l'impasse. J'avais oublié l'arabe et mes ancètres venaient me le rappeler dans mes nuits sans sommeil".


LA CASBAH : PLUS QU'UNE COLLINE, PAS VRAIMENT UNE MONTAGNE



Le récit semble soudain pris dans le champ d'invisibles caméras qui enregistrent des scènes précises d'un film, dont personne ne saurait le fil d'Ariane. "J'ai changé de vie,
...je suis revenu à Alger. Je me suis mis à la prière...A cette époque, J'étais comédien, je travaillais au théatre...je me suis brusquement arrèté. Mes amis me disaient que
j'étais fou. Moi, j'étais à la recherche de moi-mème...A la recherche de la lumière qui est en moi..."

"Cette lumière, je la cherche quand je suis sur le mole, face à la mer et au soleil, ou dans l'eau, lorsque je plonge en retenant mon souffle pendant de longues minutes...
J'attend l'éblouissement ! L'illumination. C'est cela; Je voudrais ètre illuminé ! L'illuminé de la Casbah...!"

Hé oui, il y a des jours comme ça, où Momo est comme placé sur orbite, emporté dans un mouvement d'une régularité presque effrayante, que plus rien ne semble interrompre, un avant-gout d'éternité. Dans un pan de mémoire planté de vielles rengaines repassées à coup de 78 tours sur le phono à manivelle, il évoque.

Et, pour ce qui est d'évoquer, il ne craint personne : du cinéma d'époque, "Pépé le Moko," "Tahia ya Didou" et autres souvenirs en livraison groupée, renvoyant d'un coup l'ascenceur vers les temps immémoriaux, les bourlingues de la jeunesse, les
amours fous qui se sont écrasés comme de grands oiseaux morts sur les pavés du mole, un vrai roman d'aventures entre le "Marie Rose", carcasse d'un vieux yatch reclus, amarré non loin du phare, et les années d'exode, de révolution, d'indépendance et d'incursions surréalistes.


INFFABLE CASBAH AUX MAISONS QUI "SEMBLENT GRIMPER LES UNES SUR LES AUTRES"



Quoiqu'il en soit, sa grande fierté demeure la vieille médina au profil de pyramide immaculée. Plus qu'une colline, pas vraiment une montagne. En tout cas autre chose qu'une simple acropole, dans cet immense amphithéàtre que cerne de toute part une luxuriante végétation. "Vous croyez, sans doute, que la Casbah est un quartier ? Hé bien non, la Casbah n'est pas un quartier, c'est la conscience endormie d'une civilisation", prévient-til avec à propos, comme pour prendre les devants sur quelque glissement sémantique.

Ineffable Casbah aux maisons qui "semblent grimper les unes sur les autres". tout
est là, noir sur blanc et en couleurs, sur les murs : le jour et la nuit qui se heurtent à chaque instant, le rève, l'illusion, la peur, le cauchemar des autres, la ligne bleue de la mer...Et, tout autour, le superbe vacarme de la modernité en marche.

C'est qu'il en natif, Momo, il en est le blason, le chantre. Il n'en ignore aucune palpitaion ! Et lorsqu'il vous chuchote malicieusement à l'oreille, "moi qui en suit le fils, je ne puis mème pas en connaitre le secret intime", ne croyez-vous pas qu'il vient de pécher simplement par modestie ? Ou, sait-on jamais, de se laisser voguer sur quelque effluve loitain, remontant le temps sans doute jusqu'à la Régence, jusqu'au fameux coup d'éventail administré par le dey Hussein au consul Duval ?



REGARDEZ-LE FLANER CANS CE MONDE FASCINANT DE BEAUTE AUSTERE...



Allons donc, Momo méconnaissant les profondeurs secrètes de sa souveraine citadelle ?
De ces lieux naguère enchanteurs, impétueux, à présent silencieux, fantomatiques,
où le désenchantement l'emporte bien souvent sur tout le reste ? Regardez-le flàner dans ce monde fascinant de beauté austère, à la mesure d'un autre temps...Suivez-le
à travers l'inextricable dédalement de ruelles en pentes...

Arrètez-vous lorsqu'il s'arrète un peu sous les encorbellements engrillagés qui laissent filtrer une merveilleuse poésie d'ombre et de lumière, à l'image de ceux des ruelles ottomanes de la Corne d'Or(Istanbul). Il vous dira alors : "Le matin, le soleil est féminin. Regardez comme il est doux et caressant. C'est le bon moment pour visiter la Casbah...L'après-midi, le soleil est masculin...Il est cruel".

Efforcez-vous, un peu plus loin, de deviner ce que Momo a vu au-delà des portes fermées de ces modestes demeures anonymes. Ecoutez-le se raconter près d'une fontaine publique, ou s'insinuer dans l'histoire de quelque palais somptueux : Là, le café que Fromentin avait l'habitude de fréquenter, vers 1850...là, le cimetière des Deux-Princesses...


LA HAUTE-CASBAH, LA CITADELLE D'OU LA VIEILLE MEDINA TIENT SON NOM



Plus loin encore, la citadelle d'où la vieille médina tient son nom et d'où l'on domine toute la ville. Momo trouve là, justement, entre les topanets qu'il aime tellement, dans la lumière dansante du soleil, dans les maisons qui donnent l'impression d'avoir mis
les escaliers sur leur terrasse, une "porte de l'air", c'est-à-dire une liberté à la fois douce et agréable, tonifiante.

A suivre pas à pas son fabuleux itinéraire, on a l'impression qu'il a deux façons de voir la Casbah qui se complètent l'une et l'autre. En détail d'abord, rue à rue et maison à maison. En masse ensuite, du haut des remparts crénelés de la citadelle. On croirait mème l'entendre murmurer : "De cette manière, on a dans l'esprit la face et le profil de la ville".

Et parce que les esprits paraissent un tant soit peu medium, pour tout au moins dénoncer l'injustice et proclamer le message de la compassion humaine, le geste, semble-t-il, a été posé par Momo. Ce geste, ce jalon, ce cri du coeur, est dédié tout naturellement à la Casbah. On ne peut que déplorer que sa voix ne puisse pas résonner avec une plus grande faconde littéraire. Car cette voix mérite franchement
d'ètre écoutée, soutenue, mémorisée.


K.Bouslama -Tassili Magazine n° 9 - Avril 1997




















"Architecture", le poème de Momo sur la Casbah

Posté le 13.04.2008 par algerie360
Ville incomparable, jolie comme une perle,

Splendide à souhait, au bord de la mer

Les mouettes au port, les bateaux ancrés

Les iles reliées, le mole qui les suit

Vision d'une coupole, la Casbah colline

Maison séculaires, cèdres renforcés

Habitat mystère, les murs patinés

terrasses gouailleuses, ruelles clairières

Céramiques claires, colonnes torsadées

Marbre le parterre, patios ombragés

Alger El Djazair, comptoirs phéniciens

Hercule y vécut, Mezghenna aima

L'andalou maçon traça le schéma

Le soleil selon, un gite à la lune

Un peuple pour époux, épouse dulcinée

Casbah solitaire, joyau de mon coeur

Casbah de mémoire, aux histoires citées

Le voile qui te sied, ne peut plus cacher

Les rides séniles, rongeant toute ta peau

A chaque jour nouveau l'agonie te guette

Et toi toute muette, dans les yeux ta vie

Gaieté des enfants, l'oeuvre des mamans

Dans ce monde nouveau, tu es matriarche

Je sais ce que racontent, les tournants des rues

Les pavés qui chantent, les pas des partants

Du sang sur les murs, linceuls dans les tombes

Je me dois de dire à ceux qui ne sont plus

Qu'ils sont avec nous et Toi avec eux

Nous sommes leur Casbah et toi notre aieule !



Momo, 28-03-1978, Casbah

Alger Hotel El Djazair, il y a encore des paradis

Posté le 14.04.2008 par algerie360
L'hôtel El Djazair (ex-Saint-George) a... plus d'un siècle d'existence! Très exactement 120 ans. Un âge plus que respectable pour ce magnifique palace qui, aujourd'hui toujours, nous éblouit.



A L'ORIGINE, UN VIEUX PALAIS HISPANO-MAURESQUE



Pour situer le contexte de l'hotel El Djazair, il faut dire au préalable que les hauts d'Alger étaient d'abord occupés, principalement, par les maisons de campagne (fahs) des dignitaires algérois, durant la période pré-coloniale. C'est un réseau de grandes demeures dont le plan est souvent proche de la maison urbaine, mais dont les espaces s'ouvrent plus nettement sur de grands jardins et sur les paysages de la baie.

Après les premières occupations du milieu du XIXè siècle, une grande part de ces maisons a servi à la promotion de l'activité touristique et de l'hivernage, notamment pour les clients anglais, alors que certains palais étaient considérablement remaniés pour accueillir des institutions ou administrations (Palais d'été, musée du Bardo, villa abd el-Tif, orphelinat Saint-Vincent de paul, pensionnat des jeunes femmes qui deviendra l'hotel Saint-Georges, aujourd'hui El Djazair...).

Créé en 1889 sur l'emplacement d'un vieux palais hispano-mauresque dont de nombreux vestiges subsistent encore, l'hôtel El Djazair était surtout destiné, à l'origine, à loger des amis et invités des richissimes familles anglaises installées dans le même quartier, avec tout le confort auquel ils étaient habitués. Il faut attendre la fin de la Première Guerre mondiale (1914-1918) pour qu'il devienne un hôtel luxueux de renommée mondiale, ouvert à la clientèle internationale.

L'air étant passé sous ses ailes, il a vécu fidèle à sa lignée depuis cette date. Et, sans perdre le fil de l'histoire, il entame son second siècle d'existence en n'en finissant pas d'innover pour attirer et fidéliser sa clientèle.



LES GRANDS DE CE MONDE POUR LOCATAIRES...



Entré dans la légende grâce à ses célèbres pensionnaires, l'hôtel El Djazair n'a cessé, depuis, d'attirer les grands de ce monde. Rudyard Kipling, le duc de Vendôme, le roi de Grèce, le baron de Rothshild, le général Eiseinhower, André Gide, Anta Diop, Winston Churchill, Simone de Beauvoir, Jules Roy, Francis James, Farid El Atrache, Abdelhalim Hafez, Dalida, Général Giap..., pour ne citer que quelques noms d'un prestigieux générique, se sont succédé sur la scène de cette véritable institution de la vie algéroise. Le romancier Henri de Montherlant n'en demeure pas moins l'âme de cet établissement dont il a si bien loué les charmes, puisant les sources de sa fascination dans la splendeur de ce palace du siècle dernier. Et, d'ailleurs, son fameux "il y a encore des paradis" rend un perpétuel hommage à la gloire de cet établissement dans lequel il a séjourné plusieurs années.

Pendant la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), au lendemain du débarquement des forces alliées, l'hotel El Djazair a abrité, le 10 novembre 1942 dans l'un de ses salons, la conférence franco-américaine établissant un armistice général pour toute l'Afrique du Nord. Le 17 juin 1943, une conférence tenue dans le mème établissement a réuni Winston Churchill et Eisenhower. Ce dernier y dînera quelques jours plus tard avec le roi George V. Endommagé à la fin de la guerre, l'hôtel a réouvert ses portes en 1948, après réparation et rééquipement.



UN JARDIN BOTANIQUE AUX ESSENCES MEDITERRANEENNES RARES



Au premier abord, l'atmosphère qui se dégage de cet hotel et qui n'appartient qu'aux lieux empreints d'un riche passé, on la ressent irrésistiblement en accédant à la salle de réception qui a su, en dépit de quelques aménagements modernisants, conserver son style d'époque. Mille et un détails sertissent cette salle qui a vu défiler une foultitude de clients.

Intime, feutré, spacieux, tout en heureux contrastes, l'hôtel El Djazair donne ainsi le ton au séjour du visiteur. L'acceuil, à l'unisson de ce cadre haut en couleurs, est prévenant, naturellement stylé. Son jardin botanique aux essences méditéranéennes rares, au même titre que tous ceux, anonymes, des villas privées, est la parure emblématique d'Alger.

Le rideau se baisse et on ne peut s'empêcher de penser que ce n'est pas par hasard si cet hôtel est considéré comme le plus préstigieux établissement de la capitale. Il honore, en effet, la mémoire urbaine d'Alger, l'une des plus grandes métropoles du bassin méditérranéen.


K.Bouslama -Tassili Magazine n° 35 - Septembre 2003




Un label sauvegardé malgré une forte concurrence

Posté le 14.04.2008 par algerie360
Depuis l'indépendance de l'Algérie en 1962, L'hotel El Djazair a sauvegardé son label
malgré une forte concurrence exercée par d'autres établissements cinq étoiles de plus en plus nombreux : hotel El Aurassi, hotel Mercure, hotel Sofitel, Hotel Hilton, hotel Sheraton, etc.

Présentement, il subit son deuxième et importante opération lifting et rénovation qui a pour but d'améliorer davantage la qualité de l'accueil tout en préservant son cachet et son originalité.

La remise en question permanente et le travail suivant les normes et standards internationaux désormais en vigueur dans le secteur touristique et hotelier algérien
sont les deux vecteurs d'une démarche qui, bien entendu, n'interdit aucunement un
partenariat, voire une labellisation de l'hotel à travers une chaine de renommée internationale;


K.B - TASSILI Magazine n° 35 - Septembre 2003
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